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Extrait du livre...


  • J'ai froid... Ce n'est pas du froid naturel et piquant que l'on peut connaître par une belle journée d'hiver que je veux parler... C'est du froid d'un cachot. Ce n'est pas le même ! Le premier, peut vous faire grelotter physiquement, et c'est naturel. Le second est plus pernicieux... Il pénètre au plus profond de votre âme.
  • J'ai froid... Certes, les lieux ne se prêtent pas à avoir chaud, mais c'est mon cerveau qui se met à trembler... C'est en déroulant le fil de ma vie que je ressens ces sensations bizarres... Une table en béton scellée contre un mur décrépi, un tabouret en bois craquelant, relié au sol par une chaîne, une "tinette" vétuste et usée par de nombreux fessiers, et un "plumard" pliant accroché lui aussi au mur. Ce dernier n'étant ouvert que de 18 heures à 7 heures du matin. Interdiction de s'allonger la journée... Nous ne sommes pas au Club Med ! Accroché à la lucarne, tellement petite que l'air ambiant a du mal à se renouveler, un coin de ciel bleu tente péniblement de pénétrer cette cellule... Un coin de ciel bleu qui me rappelle que "dehors" la vie continue ! Un hublot, au-dessus de la porte, laisse diffuser une lumière blafarde qui sort du néant. Le verre n'existe plus depuis longtemps et l'ampoule est tellement vieillie que l'on ne distingue même plus le filament. Cela donne une atmosphère... comment puis-je vous la décrire ?
  • Bof... essayez d'imaginer... Les murs retracent le passage de mes camarades de galère. Des graffitis que les autorités ne se donnent plus la peine d'effacer. On y trouve des inscriptions de 1908... C'est vous dire !
  • J'ai froid... Hélas, ce décor d'un autre monde sera le mien pendant 30 jours. Une fois de plus, me voilà dans la prison des prisons : LE CACHOT ! J'ai l'impression de vous entendre.... "Si tu es en prison et de plus au cachot, c'est que tu dois le mériter, donc..."
  • C'est vrai... Je suis en prison parce que j'ai fait ce qu'il ne fallait pas faire, une «connerie de jeunesse», un vol que je regrette... mais les regrets ici, ne servent à rien ! Par contre, le cachot.... Laissez-moi vous conter cette histoire.... Elle vaut son pesant d'or ! Punit pour avoir écrit à ma femme ! Mais oui, vous avez bien lu ! J'avais écrit à mon épouse par la "voie normale", c'est à dire contrôlée par le vaguemestre... celui qui lit tout courrier sortant et entrant afin de savoir si vous ne divulguez pas des trucs sur la prison ou si vous ne préparez pas une évasion... Moi, je n'avais pas tenté quoi que ce soit... Non ! J'avais simplement écrit à mon petit "bout de femme" en précisant à la fin de lettre que je l'embrassais bien tendrement sur les cuisses.
  • Que n'avais-je pas fait là ! Un surveillant vint me notifier ma visite au prétoire... le tribunal de la prison ! Arrivé devant "ces messieurs", le Directeur de l'établissement pénitentiaire, me fit savoir que ma lettre était censurée. Le règlement intérieur interdisait cette forme de poésie !
  • Comment pouvez-vous écrire de telles insanités, me jeta t'il à la figure ?
  • Je tentais de bredouiller... que...
  • Ne discutez pas ! Pour cette fois, ce sera 8 jours de cachot, et la prochaine fois, on double !
  • On ne discute pas avec "ces gens là"... On subit ! Le gros problème chez moi, c'est que je ne supporte pas l'injustice... Je ne pouvais donc en rester la !